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Taghassa, chanteuse et joueuse de
tindé du groupe Tilwat, nous reçoit chez elle, à Kidal.
Depuis combien de temps existe le
groupe Tilwat ?
Depuis plus de 15 ans, j'en suis la
chanteuse principale. Le groupe réunit le tindé, l'imzad, la flûte
et la guitare, on chante en tamashek. Il y a 7 musiciens maintenant.
Comment se déroule un tindé ?
Ce sont les chansons touarègues pour
accompagner la danse des chameaux, dans les campements. Dans les
villes, c'est arrivé récemment. Partout où il y a des Touaregs, il
y a du tindé, c'est leur percussion. Il y a plusieurs rythmes
différents, 4 ou 5 façons de taper. Le tindé, c'est l'instrument
des nomades. Mais avec le tindé traditionnel, on a remarqué que ce
n'est pas très facile de se déplacer alors j'ai fabriqué mon
propre tindé. C'est de la chambre à air sur une marmite (elle
tape sur son tindé maison). C'est le même son que l'autre
tindé, mais sur celui là, il n'y a pas besoin de mettre d'eau pour
qu'il résonne. En Belgique, quelqu'un voulait me donner 350 000 CFA
pour acheter mon tindé, j'ai refusé. Si ça devient populaire, ce
n'est plus intéressant.
Dans les chansons de Tinariwen, ce
sont les mêmes rythmes ? Non, ce ne sont pas les mêmes mais
moi, avec mon tindé, je peux accompagner leurs chansons. Ce ne sont
que les femmes qui jouent le tindé. Un homme qui joue du tindé, ce
serait trop vilain ! (elle rit) Mais les hommes peuvent
chanter, comme Killy, un chanteur qui est en brousse.
Les poésies que tu chantes
sont-elles improvisées ou composées ?
On compose. On chante sur l'actualité
: la scolarisation des filles, la démocratie, un peu tous les sujets
qui peuvent changer les mentalités des Touaregs. On les sensibilise
sur l'importance d'emmener leurs enfants à l'école, sur l'hygiène
en brousse, on explique tout ça.
Les messages sont plus destinés à
ceux qui sont en brousse ?
Oui, car ils sont loin de
l'information, de ce qui se passe en ville. Nos cassettes passent à
la radio et les gens les entendent en brousse. La radio locale, c'est
Radio Tisdas, elle est très écoutée en brousse. Par exemple, on
vient de faire une chanson à la demande du DDRK (Développement
Durable de la Région de Kidal, une ONG luxembourgeoise) pour
sensibiliser sur le manque d'eau à Kidal et l'importance de ne pas
la gaspiller. Après, on va dans les communes ou dans les festivals
pour chanter nos messages de sensibilisation, on a même joué à
l'étranger, en France et en Belgique.
Pourtant, ce sont des pays où les
gens ne peuvent pas comprendre vos poésies ?...
Oui, mais on traduit toujours les
paroles pour que les gens comprennent. Chanter devant des gens qui ne
comprennent pas, c'est comme chanter dans le vide.
Vous chantez aussi des chants
traditionnels ?
Non, uniquement nos compositions. En
brousse, les femmes font les chansons traditionnelles mais elles
composent aussi sur l'actualité. Les chansons de l'année passée ne
sont pas les mêmes que celles de cette année. L'an dernier, les
chansons parlaient de la paix, cette année, c'est sur le manque
d'eau (l'entretien a été réalisé un mois avant la sécheresse).
Le fait d'introduire de la guitare
électrique, c'est pour toucher plus de monde ?
On a commencé la guitare avec Ahmed Ag
Kaedi (Amanar), en plus du tindé, de la flûte et de l'imzad.
Plus tard, on a introduit la guitare traditionnelle, le teherdent.
Maintenant, on préfère utiliser moins de guitare pour se concentrer
sur les instruments traditionnels.
Est-ce que votre musique se
rapproche de celle de Tartit ?
Non, c'est différent car elles sont de
Tombouctou, ce ne sont pas les mêmes rythmes. Disco, c'est mon amie,
elle a même chanté avec nous.
Quelle est la différence entre
l'iswatt et le tindé ?
Dans la tradition touarègue, l'iswatt
est ce que les femmes chantent pour regrouper les jeunes, il n'y a
pas de tindé. Les gens peuvent entendre la voix à des kilomètres
et marcher jusqu'au campement. C'est juste la voix, les tapements de
mains et la danse. Mais dans la même nuit, on peut aussi faire le
tindé. On se regroupe, on s'assoit, on chante, les gens ne dansent
pas. Une chanteuse de tindé peut aussi chanter pour l'iswatt, mais
les chansons sont différentes. En brousse, toutes les femmes
chantent, même les petites filles. Pendant l'hivernage, il y a le
tindé tous les jours, mais pendant la saison chaude, tu ne trouveras
pas de tindé en brousse.
Est-ce qu'on fait parfois le tindé
pour soigner un malade ?
Oui, on peut le faire parfois, par
exemple pour une morsure de scorpion ou de serpent. Pour chasser les
mauvais esprits. Certains danseurs peuvent entrer en transe et
devenir fous.
Est-ce qu'il y a encore de l'imzad à
Kidal ?
Ça a presque
disparu. Il n'y a plus qu'une vieille femme, qui joue avec nous dans
Tilwat. Elle est si vieille qu'elle ne peut plus marcher. Maintenant,
il y a une école d'imzad pour apprendre à jouer aux jeunes femmes
de Kidal mais, pour l'instant, elles ne savent pas encore jouer.
Tu as grandi en brousse ?
Non, j'étais toute petite quand je
suis arrivé à Kidal. Mais j'ai toujours chanté les chansons
touarègues, je ne me rappelle même pas quand j'ai commencé à
chanter. Kidal est la ville des nomades, donc il y a du tindé ici
aussi.
Est-ce que ça a changé avec
l'arrivée des soirées-guitare ?
Oui, un peu, il n'y a plus beaucoup de
tindé, les gens ne veulent que la guitare. Ceux qui sont partis dans
les grandes villes, les ishumar, y ont appris la guitare. C'est bien
mais il faut jouer la tradition d'abord. La guitare, c'est très beau
à entendre, mais ce n'est pas un instrument pour les nomades.
Propos recueillis par Sedryk &
Christopher Kirkley à Kidal en mars 2010
© mars 2010 - tamasheq.net
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