Interview : Tilwat (Taghassa) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Par Sedryk le Wednesday 30 June 2010

TaghassaTaghassa, chanteuse et joueuse de tindé du groupe Tilwat, nous reçoit chez elle, à Kidal.

Depuis combien de temps existe le groupe Tilwat ?

Depuis plus de 15 ans, j'en suis la chanteuse principale. Le groupe réunit le tindé, l'imzad, la flûte et la guitare, on chante en tamashek. Il y a 7 musiciens maintenant.

Comment se déroule un tindé ?

Ce sont les chansons touarègues pour accompagner la danse des chameaux, dans les campements. Dans les villes, c'est arrivé récemment. Partout où il y a des Touaregs, il y a du tindé, c'est leur percussion. Il y a plusieurs rythmes différents, 4 ou 5 façons de taper. Le tindé, c'est l'instrument des nomades. Mais avec le tindé traditionnel, on a remarqué que ce n'est pas très facile de se déplacer alors j'ai fabriqué mon propre tindé. C'est de la chambre à air sur une marmite (elle tape sur son tindé maison). C'est le même son que l'autre tindé, mais sur celui là, il n'y a pas besoin de mettre d'eau pour qu'il résonne. En Belgique, quelqu'un voulait me donner 350 000 CFA pour acheter mon tindé, j'ai refusé. Si ça devient populaire, ce n'est plus intéressant.

Dans les chansons de Tinariwen, ce sont les mêmes rythmes ?


Non, ce ne sont pas les mêmes mais moi, avec mon tindé, je peux accompagner leurs chansons. Ce ne sont que les femmes qui jouent le tindé. Un homme qui joue du tindé, ce serait trop vilain ! (elle rit) Mais les hommes peuvent chanter, comme Killy, un chanteur qui est en brousse.

Les poésies que tu chantes sont-elles improvisées ou composées ?

On compose. On chante sur l'actualité : la scolarisation des filles, la démocratie, un peu tous les sujets qui peuvent changer les mentalités des Touaregs. On les sensibilise sur l'importance d'emmener leurs enfants à l'école, sur l'hygiène en brousse, on explique tout ça.

Les messages sont plus destinés à ceux qui sont en brousse ?

Oui, car ils sont loin de l'information, de ce qui se passe en ville. Nos cassettes passent à la radio et les gens les entendent en brousse. La radio locale, c'est Radio Tisdas, elle est très écoutée en brousse. Par exemple, on vient de faire une chanson à la demande du DDRK (Développement Durable de la Région de Kidal, une ONG luxembourgeoise) pour sensibiliser sur le manque d'eau à Kidal et l'importance de ne pas la gaspiller. Après, on va dans les communes ou dans les festivals pour chanter nos messages de sensibilisation, on a même joué à l'étranger, en France et en Belgique.

Pourtant, ce sont des pays où les gens ne peuvent pas comprendre vos poésies ?...

Oui, mais on traduit toujours les paroles pour que les gens comprennent. Chanter devant des gens qui ne comprennent pas, c'est comme chanter dans le vide.

Vous chantez aussi des chants traditionnels ?

Non, uniquement nos compositions. En brousse, les femmes font les chansons traditionnelles mais elles composent aussi sur l'actualité. Les chansons de l'année passée ne sont pas les mêmes que celles de cette année. L'an dernier, les chansons parlaient de la paix, cette année, c'est sur le manque d'eau (l'entretien a été réalisé un mois avant la sécheresse).

Le fait d'introduire de la guitare électrique, c'est pour toucher plus de monde ?

On a commencé la guitare avec Ahmed Ag Kaedi (Amanar), en plus du tindé, de la flûte et de l'imzad. Plus tard, on a introduit la guitare traditionnelle, le teherdent. Maintenant, on préfère utiliser moins de guitare pour se concentrer sur les instruments traditionnels.

Est-ce que votre musique se rapproche de celle de Tartit ?

Non, c'est différent car elles sont de Tombouctou, ce ne sont pas les mêmes rythmes. Disco, c'est mon amie, elle a même chanté avec nous.

Quelle est la différence entre l'iswatt et le tindé ?

Dans la tradition touarègue, l'iswatt est ce que les femmes chantent pour regrouper les jeunes, il n'y a pas de tindé. Les gens peuvent entendre la voix à des kilomètres et marcher jusqu'au campement. C'est juste la voix, les tapements de mains et la danse. Mais dans la même nuit, on peut aussi faire le tindé. On se regroupe, on s'assoit, on chante, les gens ne dansent pas. Une chanteuse de tindé peut aussi chanter pour l'iswatt, mais les chansons sont différentes. En brousse, toutes les femmes chantent, même les petites filles. Pendant l'hivernage, il y a le tindé tous les jours, mais pendant la saison chaude, tu ne trouveras pas de tindé en brousse.

Est-ce qu'on fait parfois le tindé pour soigner un malade ?

Oui, on peut le faire parfois, par exemple pour une morsure de scorpion ou de serpent. Pour chasser les mauvais esprits. Certains danseurs peuvent entrer en transe et devenir fous.

Est-ce qu'il y a encore de l'imzad à Kidal ?

Ça a presque disparu. Il n'y a plus qu'une vieille femme, qui joue avec nous dans Tilwat. Elle est si vieille qu'elle ne peut plus marcher. Maintenant, il y a une école d'imzad pour apprendre à jouer aux jeunes femmes de Kidal mais, pour l'instant, elles ne savent pas encore jouer.

Tu as grandi en brousse ?

Non, j'étais toute petite quand je suis arrivé à Kidal. Mais j'ai toujours chanté les chansons touarègues, je ne me rappelle même pas quand j'ai commencé à chanter. Kidal est la ville des nomades, donc il y a du tindé ici aussi.

Est-ce que ça a changé avec l'arrivée des soirées-guitare ?

Oui, un peu, il n'y a plus beaucoup de tindé, les gens ne veulent que la guitare. Ceux qui sont partis dans les grandes villes, les ishumar, y ont appris la guitare. C'est bien mais il faut jouer la tradition d'abord. La guitare, c'est très beau à entendre, mais ce n'est pas un instrument pour les nomades.


Propos recueillis par Sedryk & Christopher Kirkley à Kidal en mars 2010

© mars 2010 - tamasheq.net

 

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