|
Pour continuer le cycle de nos
rencontres avec les artistes de Kidal, voici la nouvelle génération
de l'Adrar avec Taliwen, groupe de rap tamashek ! Rencontre avec le
duo formé par Raly et Baye.
Comment as-tu commencé la musique ?
Raly : J'ai commencé la musique avec
Mossa Ahmed, avant qu'il ne fonde Tamikrest. Je jouais de la
percussion pour lui, jusqu'au jour où je me suis dit qu'il n'y avait
pas de rappeur touareg. Le rap est une musique qui peut dire beaucoup
or chez nous, il y a beaucoup à dire, beaucoup de sujets que les
artistes avant nous, nos grand frères, n'ont pas abordés. On a
commencé en faisant du rap moderne, mais on avait peu de moyens pour
payer le studio. On a évolué petit à petit, jusqu'à être invités
à Essakane, en janvier 2010. On a aussi joué à Bourem avec Amanar.
Là-bas, on a rencontré un jeune guitariste du Niger, Moctar, qui
est notre nouveau soliste. Mon but est de faire un groupe de rap et
blues touareg, avec la guitare. On veut créer notre propre style de
rap. Je chante en tamashek et Baye chante en français. On a fait un
premier album en 2006, "Aratan n'adagh", mais il ne
m'intéresse plus trop. On a eu trop de problèmes pour le faire,
avec le studio de la Maison du Luxembourg, à Kidal. Maintenant, nous
avons aussi un ingénieur du son, Abdallah, qui a son propre studio à
Bamako.
Comment êtes-vous considérés à
Kidal, qui est la ville de la guitare touarègue ?
Raly : Les gens commencent à
s'habituer au rap. Au festival, on a fait un instru, les gens ont été
surpris mais ont aimé mon flow touareg. Quand on a introduit la
guitare, ils ont aimé encore plus ! Je crois que les gens commencent
à aimer cette nouvelle forme de création.
Vous avez l'occasion de jouer à
Kidal dans les soirées-guitare ?
Raly : Non, pas dans les
soirées-guitare. Il arrive que certains groupes, comme Amanar ou
Tamikrest, nous invitent pour un morceau. On a fait un morceau à
Essakane avec Sanou de Terakaft qui a été diffusé par la BBC.
Que signifie le nom "Taliwen"
?
Raly : Taliwen signifie "les
ombres". Dans notre désert, il n'y a pas d'ombre, les arbres
sont secs. Nous voulons devenir les ombres des kel tamashek, des
Touaregs. "Ombre", en tamashek, ça peut aussi vouloir
dire "frère". Si je te dis : "Tu es mon
ombre", ça veut dire : "Tu es mon frère".
Avant, on s'appelait "Double Canon", mais les gens ont
insisté pour qu'on ait un nom plus original.
Quand as-tu découvert le rap ?
Raly : Quand j'étais petit. Avant,
j'aimais beaucoup la guitare, surtout les vieux morceaux de
Tinariwen. Je joue un peu de guitare et je veux m'améliorer encore
pour écrire de nouveaux morceaux. Maintenant, je cherche un batteur
et un bassiste pour faire un groupe au complet.
De quoi parles-tu dans tes textes ?
Raly : De la révolution. Pour nous,
les Touaregs, la musique est comme une révolution. J'ai écrit
beaucoup de textes sur l'Adrar, la vie des Touaregs, les histoires
anciennes des vrais révolutionnaires. J'essaie d'appliquer ça au
temps présent et aussi de penser au futur des Touaregs.
Qu'allons-nous devenir ? Je veux m'adresser avant tout aux Touaregs,
et ensuite seulement au reste de l'Afrique et à l'Europe.
Quels sont les messages principaux
que tu veux adresser aux Touaregs ?
Raly : De s'aimer. De ne devenir qu'une
seule force. D'apprendre quelque chose dans la vie. D'essayer
d'obtenir la modernisation et d'aller vers une autre culture. Pour
certains, faire du rap, c'est dissoudre notre culture. Je veux
montrer que je n'oublie pas notre culture. Je porte toujours le
turban à nos concerts.
Quels groupes de rap vous inspirent
?
Baye : On est surtout passionné par le
rap français, pas trop par les américains. On aime Bouba, Sinik, La
Fouine, tous ces rappeurs qui s'entre-clashent tout le temps !
Et toi, Baye, pourquoi préfères-tu
écrire en français ?
Baye : Ici, c'est comme si on était
dans une ville francophone. La langue suprême, c'est le tamashek,
mais le français vient tout de suite après, tout le monde le parle.
On veut faire en sorte de représenter tous les Touaregs, dans le
contexte de la modernisation.
Raly : Avant, je rappais en français,
je tenais le flow très bien. Mais je veux aussi intégrer le
tamashek, j'ai beaucoup d'idées dans cette langue avec tous les
adages et les vieilles histoires touarègues.
Baye : Il nous arrive de plus en plus
de mélanger le français et le tamashek dans un même texte.
Voulez-vous faire carrière dans la
musique ?
Raly : Et pourquoi pas ?
Baye : Là-dessus,
nous avons des avis différents. Raly consacre beaucoup plus de temps
que moi à la musique. Moi, j'essaie de concilier la musique et les
études. J'aime les études, la philosophie, l'histoire, ça fait
partie de mes plaisirs autant que le rap.
Est-ce que vous pensez que le rap
est la prochaine révolution musicale tamashek ?
Raly : Inshallah ! Forcément, on aura
des fans et aussi des successeurs, qui vont poursuivre ce qu'on fait
dans la musique rap, peut-être d'une manière encore plus grande que
nous. Nous mêmes, nous avons suivi les traces de Tinariwen au
départ, on a commencé en même temps que Tamikrest, mais ensuite,
nous avons emprunté notre propre chemin que nous seuls avons
emprunté.
Propos recueillis par Sedryk à Kidal en mars 2010
© mars 2010 - tamasheq.net
|