Interview : Rissa Ag Wanaghli Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Par Sedryk le Friday 11 July 2008

Rissa Ag WanaghliLe guitariste de Takrist-N'Akal et Desert Rebel nous raconte son parcours musical, marqué par sa collaboration avec Abdallah Oumbadougou.

On te connaît comme membre du groupe Takrist-N’Akal, peux-tu nous raconter quand et comment tu as commencé à jouer de la musique ?

J’ai commencé à jouer de la musique en 1988, j’ai d’ailleurs quitté l’école pour cela. J’ai d’abord rencontré un ami, Alhousseyni, qui jouait de la guitare, mais qui n’était pas encore un grand guitariste, il faisait aussi l’apprentissage comme moi…  Ensuite j’ai rencontré un autre malien qui jouait dans un grand groupe, Guez Band, je le suivais partout, je vivais avec lui, je lui faisais du thé, j’étais comme son petit employé et en échange il me donnait des cours. En 1990-91 j’ai commencé à monter sur scène pour faire des premières parties de musiciens, c’est comme ça que j’ai commencé en fait. En 1993 je suis parti en Algérie et j’ai rencontré Abdallah Ag Oumbadougou à Tamanrasset, on a fait 6 mois ensemble, il m’a offert une guitare, puis je suis allé en Libye où j’ai formé mon groupe en 1995. Je suis revenu en 1998 à Agadez pour rejoindre Takrist-N-Akal pour la deuxième fois, et j’y suis resté. Je remercie beaucoup Abdallah qui m'a vraiment aidé à apprendre la musique.

Comment s’appelait le groupe que tu avais en Libye ?


Il n’avait pas de nom, on disait "Rhissa"…

Quels sont les artistes que tu aimes particulièrement, et les styles de musique que tu ne supportes pas ?

J’aime tous les artistes, parce que je ne peux pas dire que quelqu’un est meilleur qu’un autre. J’aime toutes les musiques !

En Europe on est habitués à voir les groupes jouer sur scène, lors de concerts payants et festivals, mais en Afrique l’ambiance est différente. Peux-tu nous parler des "soirées guitare" au Niger et au Mali par exemple ?

Au Niger et au Mali, il y a aussi des soirées payantes, mais moins chères qu’ici (environ 500 Fcfa,  0,76 €). Sinon on joue beaucoup dans les baptêmes et mariages de cousins ou amis, qui louent eux mêmes le matériel et donnent un peu d’argent aux musiciens, ce qu’ils peuvent, pour les remercier. C’est un peu plus difficile pour les artistes en Afrique parce que les gens n’ont pas d’argent pour payer des entrées comme en Europe…

Aujourd’hui nous sommes à un baptême touareg, pourrait-on imaginer une telle fête sans guitare ?

Aujourd’hui je ne crois pas, parce que les gens aiment beaucoup trop la guitare, un baptême sans guitare, même en France, c’est impossible !!! Sauf si les musiciens ne sont pas disponibles… Mais sinon ça fait partie des priorités…

On sait que la plupart des musiciens touaregs luttent pour la justice, pour la paix, et la reconnaissance de l’identité touarègue, que dirais-tu de l’évolution du combat par la musique depuis la rébellion des années 90 ?


Les artistes touaregs parlent toujours de leur culture et chantent pour l’union du peuple touareg. Ça, ça n’a pas changé. Mais ils ont fait évoluer la musique parce qu’ils ont permis de faire connaître notre culture à plus de gens. Par exemple, quand on joue en Europe, il y a des gens qui ne connaissent pas les Touaregs donc avant ou après les concerts, on en parle… Par contre, pendant la rébellion des années 90 c’était seulement les Touaregs qui écoutaient cette musique. On chantait des chansons révolutionnaires, qui n’étaient pas appréciées du gouvernement, mais aujourd’hui toutes les ethnies du Niger, du Mali, aiment la musique traditionnelle touarègue et la musique ishumar.

Après un album avec le Collectif Désert Rebel, Moussa et toi travaillez de temps en temps en solo, vous avez d'ailleurs sorti chacun un album. Peux-tu nous parler un peu du tien ?

Dans le mien, je fais un peu de sensibilisation pour les jeunes Touaregs qui ne connaissent pas la situation au Niger. Mais ce n'est pas de la propagande et il n'est pas commercialisé.

Quels sont tes projets à venir ? Un album ? Des festivals et des concerts ?

On va faire un album avec Takrist-N-Akal et une tournée : par exemple le 16 juillet, on joue en Italie. Avec Désert Rebel, un album est prévu également.

Takrist-N’Akal oeuvre aussi sur le plan associatif, avec Takrist-N-Tada... Quelles ont été les réalisations jusqu’ici ?

Le centre de musique, c’est Abdallah qui l’a fait avec son propre argent. Il n’a pas eu beaucoup d’aides pour l’association à part de son ami Michel Paillard, de l’association Cyrav, qui a financé notamment l’énergie solaire et un puits dans l’école de musique.

Pourrais-tu nous raconter une anecdote sur ta première venue en Europe ?

Je voudrais raconter quelque chose qui m’est arrivé, mais quelque chose de triste : la première fois que je suis venu, c’est par l’intermédiaire d’une dame, qui m’avait invité à jouer en France. J’ai joué pendant 3 mois mais je n’ai rien gagné… C’est un très mauvais souvenir que j’ai de mon premier séjour, et surtout de cette dame …


Propos recueillis par Nolwenn Barbier

© juillet 2008 -  tamasheq.net

 

http://www.youtube.com/v/PJidCsCQfBU&hl=en&fs=1
 

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