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Interview : Nabil Othmani Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Par Sedryk le lundi 07 juillet 2008

Nabil OthmaniLe fils de Baly Othmani, accompagné de son complice Barka, nous parle de son groupe Timtar, de Djanet et de son père.

Qu’est-ce qui a motivé la création du groupe Timtar ?

Personnellement, j’avais 13 ans quand mon père m’a ramené une guitare. J’ai rencontré Barka et on a commencé à faire un petit groupe, ça fait plus de 10 ans maintenant, puis on a rencontré d’autres guitaristes qui jouent maintenant dans Timtar. L’idée de ce groupe, c’est de dire aux gens que les peuples du désert ont une histoire, c’est pour cela qu’on s’est appelé Timtar, qui veut dire "mémoire".

En France, on connaît moins les musiciens de Djanet que ceux de l’Adrar ou de l’Aïr… Qu’en est-il de la création musicale dans le sud algérien ?

Il y a beaucoup de musiciens à Djanet. Comme au Mali ou au Niger, les gens travaillent la journée et se réunissent le soir pour jouer de la musique. La guitare est le deuxième instrument qui est rentré à Djanet après le luth. Le problème, c’est que nous n’avons pas de moyen, on se fabrique des guitares avec des bidons et des morceaux de bois. Pour acheter des cordes, il faut monter jusqu’à la capitale !

On dirait que les musiciens de Djanet sont plus influencés par le luth arabe que par la guitare électrique…

Oui, c’est d’abord le luth, puis la guitare, et ensuite le chant des femmes, avec l’imzad et le tindé. C’est mon père qui a fait rentrer le luth chez les Touaregs, mais nous ne sommes pas vraiment influencés par la musique arabe. L’histoire de mon père, c’est qu’il travaillait à Ouargla, tout près d’un magasin qui fabriquait des luths. Il en a acheté un et l’a adapté à la manière touarègue.

Comment s’est déroulé l’enregistrement du CD de Timtar ?

C’était la première fois alors ce n’était pas toujours facile d’enregistrer au début. Il y avait de la demande pour un disque de Timtar, des gens de Djanet. Avant de rentrer dans Timtar, j’avais déjà enregistré un disque à Alger, "Style du Touareg". Les gens l’avaient aimé car c’était nouveau, différent de la musique ishumar. On ne peut pas faire tous le même style !

Quels sont vos objectifs : tourner dans le pays touareg ? en Algérie ? en occident ?

On n’y a pas encore beaucoup réfléchi. Notre souhait est de montrer aux gens qu’il existe une culture touarègue, ce n’est pas de faire des tournées. On s’adresse plus aux non-Touaregs, en fait.

Est-ce que vous avez l’opportunité de jouer souvent, à Djanet ou hors de Djanet ?

A Djanet, il y a un grand espace au milieu de la ville où tout le monde se réunit pour faire la fête. Quand Imaran y joue, tout Djanet est  là ! On y joue souvent. On a joué assez souvent en Libye, dans des fêtes de mariages, et j’ai aussi joué au Niger avec le groupe Desert Rebel. A Tam, nous n’y sommes jamais allé.

Tu sembles très ouvert aux sonorités occidentales, le rock, le reggae…

J’aime avoir des idées musicales, alors j’aime écouter d’autres jouer pour m’influencer. Même avec du reggae, on peut faire nos chansons touarègues ! A Djanet, on trouve des cassettes des groupes occidentaux, et puis il y a l’internet depuis peu.

Dans vos chansons, la dimension "militante" a-t-elle une part importante comme chez vos frères du Mali ou du Niger ?

Non, pas du tout. Nos chansons parlent de l’amour, du désert, de la sècheresse... La politique, ce n’est pas mon truc. A Djanet, il n’y a aucun problème, c’est toujours tranquille.

Tu es issu d’une famille de musiciens célèbres à Djanet. Est-ce un héritage lourd à porter ?

Ma grand-mère, mes cousines, mes tantes, ce sont toutes des chanteuses ! C’est donc une grosse responsabilité pour moi, de devoir maintenant représenter la culture touarègue.

Veux-tu perpétuer l’½uvre de ton père ou au contraire t’en démarquer ?

Pour l’instant, j’essaie de continuer son travail. Il avait commencé beaucoup de chansons, environ 260, qu’il n’a jamais chantées, c’est mon trésor ! J’essaie de mettre des mélodies sur ces textes là. Mais je vais essayer aussi de faire sortir mon propre style.

Tu as commencé par la guitare ou par le luth ?

J’ai commencé la guitare en premier. Une fois que j’ai bien su en jouer, j’ai essayé de reproduire ça sur le luth, en secret de mon père. Mon père ne m’a pas appris mais il m’a encouragé à faire de la musique, pour que je découvre les choses par moi-même. Ainsi, j’ai compris plein de choses sur la musique.

Tu accompagnes en ce moment Steve Shehan pour des show-cases promotionels. Comment vis-tu le fait de prendre la place de ton père ?

C’est un honneur ! Et c’est aussi un grand plaisir de jouer avec Steve Shehan. On a un projet de concert ensemble en fin d’année, avec son groupe Adouk Trio.

Quand tu vas retourner en Algérie, quels vont être tes projets ?

Enregistrer un autre disque avec Timtar, mais cette fois en studio. C’est très cher pour nous d’aller enregistrer à Alger, alors on cherche une maison d’édition, en Algérie ou en Europe.

Est-ce ta première venue en France ? Qu’est-ce qui t’a le plus marqué en arrivant ici ?

Oui, c’est la première fois. Tout est différent ! Ce qui m’a le plus surpris, c’est toute cette circulation, tout ce bruit... Au désert, tu peux entendre le silence.


Propos recueillis par Sedryk à Grenoble.

© juillet 2008 -  tamasheq.net

 

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