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IBRAHIM DJO

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Interview : Ibrahim Djo Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Par Sedryk le Wednesday 14 July 2010

Ibrahim DjoDans le cadre du festival "Il était une fois dans l'oued", le guitariste d'Aguel'hoc (Nord-Mali) nous raconte son parcours et sa rencontre avec les musiciens français avec qui il s'apprête à enregistrer son premier album.

A quel âge as-tu appris la guitare ?

Actuellement, je ne connais pas mon âge exact, mais je me rappelle que j'étais petit. J'ai découvert la guitare pendant la rébellion avec les cassettes de Tinariwen. J'étais trop jeune pour la rébellion mais j'avais envie d'aider, je me suis demandé comment faire. J'ai alors décidé d'apprendre la guitare, en me fabriquant d'abord une guitare-bidon avec un morceau de bois, des cordes, des câbles de frein de vélo... A ce moment là, j'étais à Timiaouine, en Algérie. Mes parents avaient dû partir du Mali à cause de la rébellion.

As-tu appris à jouer tout seul ?

Oui, j'écoutais les cassettes et je cherchais les notes sur mon bidon. Un jour, Diara est venu à Timiaouine, ils ont fait un concert de Tinariwen, je suis allé les écouter. J'ai eu ma première vraie guitare vers 15-16 ans. A l'époque, je ne pouvais pas la ramener à la maison, mes parents ne voulaient pas que je fasse de la musique, à cause des histoires de drogue, toutes ces choses là. Je laissais la guitare chez un ami, lui avait le droit de faire de la musique. Il apprenait à jouer sur ma guitare. Quand j'étais avec lui, je le laissais jouer et je l'accompagnais au djembé. Mais quand il n'était pas là, je prenais ma guitare et je partais jouer tout seul dans les collines. Je continuais à jouer le répertoire de Tinariwen. Au bout d'un an environ, j'ai commencé à faire mes propres chansons. Aujourd'hui encore, quand je joue à Aguel'hoc, les gens me demandent souvent de jouer tel ou tel morceau de Tinariwen.

Depuis 4 ans, tu viens en France. Est-ce que ça influencé ta musique ?

Oui, j'ai découvert plein de musiques, ça change les choses. Ça me fait du bien de rencontrer des musiciens, de jouer ensemble, on mélange nos styles.

Comment s'est passé cette rencontre avec les musiciens français qui t'accompagnent aujourd'hui ?

En Algérie, j'avais monté un groupe avec des jeunes à qui j'apprenais à jouer. Vers 2003, je suis rentré chez moi, à Aguel'hoc, pour continuer la musique. A Aguel'hoc, il y a pas mal de musiciens, comme Oudaka ou Omar, on s'apprenait mutuellement des choses et je continuais à donner quelques cours. Un jour, ces français sont arrivés. Avant eux, il y avait le groupe Le Chauffeur est dans le Pré qui nous avait déjà rendu visite. On a commencé à jouer ensemble en brousse, on a fait un premier concert ensemble et ça leur a plu de jouer avec moi.

C'était dur, pour eux, de jouer de la musique touarègue ?

Oui, c'était dur. Il y a eu beaucoup de travail pour leur montrer, leur expliquer notre musique. Comme ils ne parlent pas notre langue, c'était difficile de leur expliquer nos rythmes. Pour bien comprendre notre musique, nos rythmes, il faut savoir parler le tamasheq. On a peu de temps pour répéter, car on se voit quand je viens en France, 3 mois, ou quand eux vont là-bas, 1 mois. Mais ça avance bien quand même.

Peux-tu nous parler de la vie musicale à Aguel'hoc ?

Quand je suis revenu là-bas, j'ai vu qu'il y avait plein de jeunes qui voulaient apprendre la guitare. Je leur ai donné des cours, beaucoup d'enfants ont appris avec moi. L'association Etar a créé un centre culturel, j'y ai un endroit pour donner mes cours. Sinon, je joue souvent pour des mariages ou quand des jeunes organisent une soirée-guitare. On m'appelle et je m'organise avec les autres musiciens, comme Oudaka, ou un de mes élèves. Oudaka a toujours vécu à Aguel'hoc, on se connait depuis l'enfance. Il joue de la guitare mais il ne compose pas ses propres morceaux.

Comment vis-tu à Aguel'hoc : en brousse ou au village ?

Ma mère a quelques animaux en brousse, je suis entre chez elle et le village d'Aguel'hoc, où je vais donner mes cours. Je me sens bien en brousse, je suis avec les animaux, je suis tranquille, je peux composer mes chansons. C'est comme ça que j'ai grandi, c'est notre vie traditionnelle.

Qu'est-ce que le succès de Tinariwen à l'international a changé pour toi ?

Ça change beaucoup car ça permet aux gens de connaître notre musique et notre culture. Mais ce qui n'a pas changé, c'est l'envie de faire passer des messages dans les chansons.

Quels messages, en ce qui concerne tes chansons ?

Ce sont les mêmes messages que Tinariwen : la révolution, la sécheresse, la vie nomade, la paix...

Tu as une chanson, "23 mai", qui parle des événements à Kidal... Quelle position adoptes-tu par rapport à ces nouveaux rebelles ?

Dans la chanson, je leur dit d'arrêter. Il y a eu la rébellion en 90 et les accords de paix. Et là, ça recommence et la plupart des gens ne savent même pas pourquoi. Les rebelles sont arrivés à 5h du matin, ont commencé à tirer. Les gens se sont fait réveiller et ignoraient ce qu'il se passait. Tout à coup, ils ne savaient pas où aller, certains ont pu partir en Algérie. Je crois que la plupart des gens ont envie qu'il y ait la paix et que le Mali les considère. Mais si les Bambaras ne veulent pas de nous, c'est obligé que les jeunes reprennent les armes.

Tu dis donc que l'Etat du Mali ne fait pas assez pour les tamasheq ?

J'essaie de regarder le pays dans sa globalité et, quand je compare le sud et le nord, je vois bien que chez moi, il n'y a rien, tout est sec. Je ne sais pas quelle est la solution, mais je crois que nous autres les musiciens pouvons faire passer des messages. Les Touaregs n'ont pas de journaux, de radios, de chaînes de télévision. Maintenant, il y a du réseau, on peut s'appeler, mais la guitare reste une bonne façon de faire passer les messages. J'ai envie de faire passer ces messages à tout le pays.

Qu'est-ce qui t'as le plus surpris en arrivant en France ?

Tout ! Tout est différent de chez moi. Ici, tout est vert, il pleut souvent, il y a des grandes maisons. Malgré tout, je préfère ma vie nomade. J'aimerais que ça puisse rester toujours comme ça, que les animaux trouvent des pâturages. Mais la sècheresse menace cette vie. Si les éleveurs perdent leurs troupeaux, je ne sais pas ce qu'ils vont faire. Chez nous, les vieux n'ont pas envie d'aller dans les grandes villes. Il est donc important de chanter là-dessus pour faire connaître le problème et obtenir des aides, du Mali ou de l'extérieur.

 

Propos recueillis par Sedryk
à Lodève en juillet 2010


© tamasheq.net – juillet 2010
 

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