Par Sedryk
le
jeudi 17 janvier 2008
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Par Issa Rhossey - 1994
Vendredi 28 août 1992 Un jour macabre s’est levé Sur la cité au minaret millénaire La haine a déferlé Comme un fleuve en crue La haine nue Sauvage Tumultueuse Une meute désemparée Sans chefs ni subordonnés S’est tournée vers la ville La ville innocente et docile Alors commença la danse barbare Des proies faciles Féroces Les boucliers du peuple Dévoraient le peuple Qu’il est sinistre le festin des fauves Maison par maison La horde Ecumait la ville Mettait dans ses fourgons Des civils innocents Le deuil s’installait La douleur incommensurable Les miens traqués rasaient les murs On arrête On torture Sans murmure Au fond des maisons les miens Tapis à l’ombre de la terreur Seigneur pourquoi tant de haine ? Quel démon Seigneur fait endosser aux miens Tous les péchés de l’univers ?
Sur les routes Dans les rues Dans les taxis Dans les gares Et jusqu’au fond des cases sinistrement silencieuses Ils arrêtent les miens Tous les miens entassés Dans la honte Dans la sueur Dans le sang Dans les larmes Des flots d’injures ensevelissent les miens Les miens au creux des cellules sordides Puantes Puantes de mille pourritures Une haine sauvage s’acharnait sur les miens Sous des yeux indifférents Exultant de joie Applaudissant le carnage Douloureusement indifférents Si douloureusement indifférents
Seigneur ! Vous qui êtes toute puisance De quel crime répondaient les miens ?
Le fils et le père enchaînés A la même chaîne de la honte Les frères rampant Dans la sueur et le sang Sous les caresses cruelles Des lanières brûlantes Les enfants pitoyables Et si seuls dans les nuits d’épouvante Sevrés d’un père qui ne répond Plus à l’appel Les femmes ! Oui les femmes Seules debout Dans la tourmente Le remords à la bouche Le poing dur Roseau fragile mais tenace Salut femmes glorieuses Salut mère Toi qui affrontas les heures amères Et jugulas la haine par tes prières sincères Salut sœur Toi qui bravas le fer Pour nous apporter un peu de lumière Jusqu’au fond de nos sombres tanières Salut femmes Gardiennes inlassables De rejetons orphelins Amazones des instants pénibles Salut femmes Cœurs d’airain Boucliers de fer Canne où s’appuyait mon peuple Quand il chancelait Et titubait dans les dédales du mépris
28 août 1992 - 28 août 1994 Deux ans déjà Que la folie a foulé la face de mes cités Elle a passé comme un tourbillon Dans les rues on voit encore Quelques filles au rire sonore Des enfants jouent à leurs ébats Les pères retrouvent la paix des maisons Sur les terrasses des oiseaux chantonnent La clameur haineuse a fait place à l’issalam de la paix La peur s’est dissipée Le sang et les larmes ont séché L’amour a eu raison de la haine qu’il maîtrise Les blessures lentement cicatrisent
Mais dans mon cœur Une fibre a lâché pour toujours Avide d’horizons plus libres L’auteur Issa Rhossey est un poète de l’Aïr (Niger). Il écrit ses poésies en français. Corriger la fiche
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