Par Christopher KIRKLEY - 2010
(texte extrait du livret de l'album "Alghafiat" de Amanar) Je suis arrivé à
Kidal pour la première fois à la fin de la saison des pluies.
J'avais entendu beaucoup de légendes sur cet espace vierge sur la
carte : les consignes gouvernementales de voyage, les rébellions
perpétuelles, le banditisme impitoyable. Toute tentative pour
obtenir des informations utiles était vaine, que ce soit des
occidentaux mal informés et effrayés par le risque de l'aventure ou
des guides qui garantissent toujours un passage sûr, parce que c'est
leur gagne-pain. Finalement, j'ai simplement fait comme tout le monde
et j'ai grimpé dans un bus bringuebalant en direction du nord.
Kidal est le
centre urbain des Touaregs maliens, une ville isolée dont le nombre
fluctuant d'habitants se situe autour de 10.000. C'est un long voyage
depuis Bamako, la capitale, au point que l'on a l'impression d'entrer
dans un autre pays, voire une autre planète. Pour arriver depuis le
sud, il faut traverser un désert tortueux et plat, des pistes
sableuses et balayées par le vent, des rochers brisés. A
l'exception de quelques ruines, témoins de la colonisation
française, la plupart des bâtiments sont des maisons en banco brun.
Le marché central est très animé : les commerçants crient à
l'attention des camions, moteur au ralenti, chargent et déchargent
les véhicules, les chauffeurs enturbannés en profitent pour prendre
le thé à l'ombre. De nombreux jeunes hommes paressent avec cette
patience typique de la région. Une patience fort utile au vu du
chômage massif.
Comme tant
d'autres, je suis venu ici attiré par le son hypnotique de la
guitare touarègue. En fait, c'est ce « blues du désert »
qui m'avait d'abord donné l'idée de m'embarquer dans ce projet
ethnomusicologique d'enregistrements, qui durait depuis environ un an
et m'avait amené jusqu'au Sahara. A mi-chemin entre le scientifique
et le musicien, je transportais avec moi un micro et une guitare. Je
me suis rapidement trouvé en compagnie de Amanar, le groupe kidalois
le plus populaire, des célébrités locales.
Ce qui m'a
frappé d'emblée dans cette ville, c'est l'absence totale de rapport
au commerce dans les relations humaines. Et c'était encore plus net
dans le cas de Amanar. Quand je suis arrivé la première fois pour
assister à une répétition en soirée, j'ai d’abord été marqué
par le sérieux et le respect des jeunes – puis par le désintérêt
dont ils faisaient preuve pour ma présence. Ce n'était pas le genre
de personnes qui font des pieds et des mains pour séduire des
occidentaux. C'était agréable d'être traité comme un être
humain.
J'ai vécu à
Kidal pendant 6 mois, habitant à droite à gauche, accompagnant le
groupe lors des concerts locaux (et aussi voyageant jusqu'à
Tombouctou pour leur première apparition au Festival au Désert) et,
finalement, manageant les affaires et la promotion du groupe. Tandis
que cette expérience faisait avancer mon travail de recherche, elle
m'a aussi apporté un groupe d'amis proches.
Une bonne dose
d'exotisme pèse sur les échanges interculturels. Compte tenu de
la tribune où ceci est présenté (le
livret d'un album de musique tamashek, principalement destiné à un
public occidental), il est impératif de se demander où se situe la
ligne entre le goût pour l'orientalisme et la compréhension de
cette culture ? L'histoire d'un groupe touareg suit souvent plus ou
moins le même schéma – la guerre et l'invocation trop fréquente
de l'image du rebelle avec guitare et Kalachnikov. On ne peut pas se
limiter à un tel cliché, même si c'est tentant. L'histoire
d'Amanar est celle d'un groupe jouant dans ce petit coin du monde,
s'emparant d'une musique et la développant à sa façon.
Un jour parmi
d'autres
La petite maison
d'Ahmed, le QG de Amanar, à Itambar, l'un des quartiers environnants
Kidal. Moins une cité qu'une ville endormie – la seule route pavée
traverse une section défoncée de l'oued ensablé – des chèvres
errantes font leur chemin à travers les rues poussiéreuses. La
construction de la ville correspond à la sédentarisation des
nomades, avec des habitations très éloignées les unes des autres.
La maison elle-même est en petites briques de banco mais la cour est
grande, limitée par de hauts murs sales et une porte battante en
tôle ondulée. L'espace physique est l'une des richesses abondantes
du désert.
Nous nous
réveillons au lever du soleil. Ahmed s'assure que les jeunes soient
debout pour la première prière. J'entends un bruit, je me tourne et
le vois secouer avec son pied l'une des personnes endormies. Les
matelas en mousse sont tous disposés au milieu de la cour. Nous nous
levons à tour de rôle et empruntons le seau en plastique pour
éclabousser nos visages et faire nos toilettes. Halifa, le plus
jeune membre, souffle sur des braises pour préparer le thé.
Ahmed est le
leader et le fondateur du groupe, qui ressemble parfois plus à une
famille (et qui est
en est une, en quelque sorte, de nombreux membres du groupe ont des
liens de parenté d'une façon ou d'une autre). Il vit ici avec sa
femme, leurs deux enfants et les membres de passage du groupe. Comme
dans la plupart des groupes de musique tamashek, il y a un noyau dur
entouré d'une formation en changement constant, des membres du
collectif viennent ici pour apprendre, jouer, vivre. Parmi ceux qui
ont fait de la maison leur base temporaire, certains ont de la
famille localement, alors que d'autres sont de vrais « ishumar »,
descendant d'Algérie avec rien d'autre qu'un petit sac à dos et de
l'espoir.
« Le
groupe compte sept personnes qui constituent cette maison. Nous avons
toujours des amis, de bons amis, et des élèves. Je ne chasse pas
les gens de la maison. Si les gens viennent ici, ils peuvent jouer »,
dit Ahmed. Mais il y a certaines règles. Les gens doivent se
comporter de manière respectueuse et aider à la vie quotidienne.
Alors que le
soleil grimpe dans le ciel, l'endroit commence à s'agiter. Les
chèvres bêlent et sont affamées. L'un des pensionnaires les emmène
dans la rue pour paître. De larges seaux d'eau sont remplis avant
que l'approvisionnement journalier ne soit épuisé. Des motos
grondent, sortent de la cour, et la porte de métal claque au fur et
à mesure des allers et venues.
A la mi-journée,
le soleil est haut dans le ciel et nous nous retrouvons dans la pièce
principale de la maison en banco. Construite de façon à conserver
la fraicheur, la pièce sombre est éclairée par une minuscule
fenêtre carrée. Le contraste entre l'éblouissement du soleil et
l'obscurité d'une fumerie d'opium nécessite un ajustement
douloureux pour les yeux. La pièce est large. Il y a une pile de
matériel dans un coin : set de batterie, djembé cassé, guitares
abîmées sans corde. Accrochée au mur, une photo du Colonel
Khadafi, qui occupe une place particulière chez les Tamashek, bien
que ce ne soit pas sans ambiguïté. C'est le président Libyen qui
avait lancé aux Touaregs une invitation à fuir le génocide du
gouvernement malien – le résultat étant qu'ils se sont retrouvés
à se battre pour l'armée libyenne dans les guerres du Tchad et du
Liban.
Illustrant ces
avis divergents sur le Colonel, quelqu'un lui a dessiné des
moustaches. « En Libye, tu n'oserais pas dénaturer une image
du Colonel », explique Ahmed. Comme beaucoup de Tamashek, il a
vécu en exil. Bien que la violence honteuse de l'Etat malien ait
pris fin avec l'éviction de Moussa Traoré, le conflit a semé les
graines de la dissension entre les groupes ethniques du Mali. « Je
suis allé à Gao mais la milice Ganda Koy était là. C'était un
endroit dangereux pour les Touaregs ». Intégrant les camps
d'entraînement libyens pendant une courte période avant de partir
pour Tripoli, c'est pendant cette phase d'exil qu'Ahmed apprit à
jouer de la guitare. Cet homme profondément religieux parle d'une
voix douce et choisit ses mots avec précaution, que ce soit en
parlant ou dans ses chansons. Leurs thèmes vont de l'universel (la
nature éphémère de la richesse matérielle) au plus pointu (la
préservation de la culture). Ce ne sont pas des appels aux armes ou
à la rébellion, bien que, d'une certaine manière, ils soient plus
dangereux et rebelles, en critiquant les puissants et leur
hypocrisie, y compris les membres de la société tamashek.
Dans la pièce
sombre, les silhouettes ressemblent à des piles de vêtements,
affalées dans les plis des tuniques contre les murs frais en argile.
La chaleur de la mi-journée est oppressante. « Algérien »
s'assoit et commence à gratter la guitare. Il martèle la sixième
corde grave avec son pouce pour produire un bourdon, une lente
mélodie apparaît. Hammidah, à moitié endormi, attrape une autre
guitare posée contre un mur. Il attend une minute pour trouver le
bon accord, caressant doucement l'instrument. A l'exception du chant
et du son de la guitare, tout est calme. Une chèvre bêle dehors.
Une
soirée-guitare
La Maison du
Luxembourg (MDL) est un large bâtiment en béton jaunâtre. Cadeau
de la Duchesse du Luxembourg, elle abrite un cyber-café, un studio
d'enregistrement et, depuis peu, est devenue la première salle de
concert. Elle s'est peut-être plus fait connaître, pendant sa
courte histoire, pour son rôle lors de la rébellion de 2008 : après
le saccage des trois garnisons militaires de la ville, le bâtiment
servit à enfermer les prisonniers, tandis que les rebelles fuyaient
vers le désert.
Ahmed et Bebe
sont assis dans les « coulisses », face à un feu. Un
petit garçon, neveu de Bebe, attise les flammes, envoyant un nuage
d'étincelles dans le ciel nocturne. On pourrait se croire en
brousse, si ce n'était les murs de banco qui obscurcissent
l'horizon. Nous restons tranquillement à méditer tandis qu'à
l'intérieur, le son du concert fait rage.
Amanar commence
généralement une soirée d'une manière établie. Au coucher du
soleil, le groupe se rassemble chez Ahmed. La pièce s'emplit alors
de bruits d'étoffes et de parfums assidûment
appliqués. Les turbans sont
noués et renoués, avec une précision d'expert, tout en tenant à
bout de bras un petit fragment de miroir. Les jeunes courent en tous
sens, à la recherche de médiators et autres accessoires mal rangés,
puis se dépêchent d'aller à la MDL. La première partie du concert
est réservée aux amis et aux élèves, pour leur donner une
occasion de jouer. Le frémissement de la guitare amplifiée porte au
delà de la ville du désert. C'est une annonce, une publicité, un
appel à l'activité nocturne. Les jeunes peuvent jouer autant de
chansons qu'ils le souhaitent, mais quand le noyau dur montera sur
scène, ils ne joueront plus que des chansons de Amanar. Nous
attendons près du feu alors que la foule grandit.
Les célibataires
et les divorcés sont venus en masse, en motos rugissantes depuis
l'autre bout de la ville ou en groupes pleins de rires, traçant leur
chemin à travers les sombres rues nocturnes. La MDL possède une
cour intérieure éclairée, à ciel ouvert, avec des chaises
pliantes. Sur le mur derrière la scène sont accrochés de luxueux
tapis. Une grande natte tressée de quelques mètres carrés est
placée devant la scène. C'est la piste de danse. Les femmes sont
enveloppées de tissus étincelants qui recouvrent leurs cheveux, ne
révélant que leurs visages, les hommes portent de longues tuniques
brillantes et des vestes de cuir, leur têtes entourées de turbans
qu'ils ont mis des heures à perfectionner.
Amanar monte sur
scène. Un « groupe de danse » est appelé au
micro à venir au centre. Il y a
des désaccords puisque six hommes réclament la place opiniâtrement.
« Trois personnes seulement », demande l'animateur. Le
groupe attend patiemment que les hommes fassent des concessions.
« Merci », soupire l'animateur tandis que certains des
hommes se retirent en riant et rougissant, et la musique commence. Il
y a une certaine agitation dans la foule des femmes avant que
certaines ne bondissent pour les rejoindre. La danse est simple,
seulement 3 pas de gauche à droite. Les danseurs restent sur place,
se faisant face à un bon mètre de distance, et bougent les bras en
prenant des poses. Au refrain, les deux camps s'avancent et dansent
de façon rapprochée avant de se croiser et de changer de sens sur
la piste. La musique s'achève et les six danseurs se dépêchent de
rejoindre leurs places avant qu'un autre groupe ne s'avance au
centre.
Ce que l'on peut
noter à propos de la musique de Amanar, c'est la vitesse. La musique
maintient une certaine forme incarnée par la guitare Tamashek. Tous
les éléments sont présents : la basse bourdonnante, les accords
rythmiques barrés et les solos pentatoniques à l'unisson du chant.
Cependant, la guitare est modernisée et accélérée pour répondre
à la demande des jeunes. L'ancien style est abandonné ou
transformé. La ville de Kidal elle-même a doublé sa population
dans les 10 dernières années. Les chameaux ont été remplacés par
des motos. « On dit que ma musique est chaude », explique
Ahmed. « Peut-être que ma musique a pris le rythme d'une
Sanili [moto chinoise] ».
La dernière
chanson (« Azalamine ») marque toujours la fin de la
soirée. C'est un rituel pour le groupe mais un changement dans la
pratique habituelle – la chanson signale le moment où tout le
monde peut venir sur la piste de danse. C'est un morceau frénétique
et tous ceux qui ont attendu une occasion de danser pendant toute la
soirée se précipitent sur la piste et dansent sauvagement en
chantant. Quelques instants après la fin de la chanson, la foule se
dirige vers la sortie et les motos démarrent, laissant un nuage de
fumée dans leur sillage.
Sur la route
Nous partons
précipitamment. Les quelques jours de préparation ont été très
occupés, essayant de rassembler avec ce qu'on a sous la main un peu
de matériel promotionnel pour le festival. Kidal a toutes les
technologies disponibles, mais la variété et l'hétérogénéité
des produits donnent l'impression qu'ils sont tombés d'un camion en
transit plutôt qu'acheminés ici en vue de faire du commerce. Malgré
tout, je grave quelques CD promotionnels et, avant d'avoir eu le
temps de reprendre ma respiration, la Land Cruiser blanche m'attend
au ralenti derrière la porte. Sautant à l'arrière du véhicule
bondé, je rejoins le reste du groupe et noue hâtivement un chèche
autour de ma tête pour leurrer d'éventuels kidnappeurs, alors que
la voiture roule à toute allure à travers la ville, traverse le
marché sous les regards curieux, puis les bidons d'essence qui
marquent le dernier poste de police et nous voilà dans le désert.
Le groupe a été
invité à jouer à un festival international à Tombouctou et j'ai
été convié au titre de « manager », chargé des
relations publiques pour le groupe. Du fait d'une sécurité assez
fragile, je n'ai pas d'autorisation officielle pour le voyage et le
gouverneur local s'est dégagé de toute responsabilité vis à vis
de moi.
Nous roulons au
milieu des montages puis du désert plat, le « tilemsi ».
A un endroit précis, nous quittons la piste principale et bifurquons
à travers une plaine sans relief, prenant un raccourci direct pour
Tombouctou, alors que les corbeaux sahariens volent au dessus de
nous. L'horizon ne devient rien d'autre qu'une ligne séparant 2
couleurs contrastées, le ciel et la terre. Nous roulons jusqu'à ce
que le ciel soit sombre. Toutes les choses se parent d'un gris
incolore, la plaine plate se peuple de squelettes d'arbres blancs.
Nous décidons d'un arrêt auprès d'un arbre. Il y a des discussions
en Tamashek. Le camion recule, s'arrête et une secousse soudaine le
fait cogner l'arbre. Avec une efficacité militaire, le groupe saute
du camion et commence à casser des branches pour un feu de bois.
La nuit, les
étoiles remplissent le ciel. Tukken, notre chauffeur, est un ancien
trafiquant du désert reconverti en agent des douanes. Un bon
chauffeur est essentiel dans le désert, il connait de façon sûre
les routes, les pistes inconnues et les déviations pour éviter les
goulets d'étranglement, propices à d'éventuelles attaques de
bandits. Il m'appelle à lui, me montre l'Etoile Polaire, connue ici
par son nom arabe, Bil-hadi : « Toutes les étoiles vont se
déplacer, sauf celle-ci.
Si tu la suis, tu arriveras en Algérie. » Les autres
constellations célèbres dans les connaissances populaires sont
Shetahar «(« Les sept sœurs ») et Amanar (« Orion »).
Amanar, dit-on, dessine la silhouette d'un homme tenant une takoba,
l'épée touarègue traditionnelle. Grand guerrier, il fut placé
dans le ciel après un conflit avec la Terre. Les membres du groupe
ont choisi ce nom en référence à leurs débuts quand ils n'avaient
d'autres moments que la nuit pour répéter, à la périphérie de la
ville, jusqu'à ce que la constellation apparaisse. « Quand le
soleil se couche et qu'Amanar n'est pas dans le ciel, 40 jours vont
passer. Et alors la pluie viendra. » Avant que nous nous
couchions, un vent froid se met à souffler.
Le jour suivant,
nous arrivons à Tombouctou et atteignons le site du festival à la
nuit tombée. Les tentes et la scène ont été placées dans une
zone à la périphérie de la ville, au milieu des dunes de sable.
Tukken se bat pour se désensabler. Nous sortons nos affaires et
descendons la dune en direction des tentes en toile blanche réservées
aux artistes, épuisés par ce trajet de deux jours – et un peu
abasourdis par les lumières et par la foule du festival qui commence
à transformer ce petit endroit du désert en rendez-vous
international. Nous cherchons du bois pour le feu et n’en trouvant
pas, Tukken arrache et brise l'un des piquets en bois surplombant la
tente. Il marche dans les allées en cassant les tentes puis revient
et jette sur le sol un petit tas de bâtons, alors que les membres du
groupe rient doucement.
Nous faisons un
petit feu derrière la tente et faisons bouillir le thé à la belle
étoile, dans les cliquetis de métal de la scène qui est en train
d'être montée. Un jeune français avec une queue de cheval vient
vers nous avec une grosse caméra. « Hey ! », crie
Tukken, « Tu n'as pas le droit de nous filmer ! » L'homme
rebrousse chemin en bafouillant des excuses. « Non, attends,
Tukken – c'est bon. » Je cours pour rattraper le cameraman et
me présente ainsi que le groupe « Voici le groupe Amanar... »
Chargé d'être
le « manager », j'essaie de leur expliquer le rôle des
relations publiques. Ahmed rie. « C'est bien que tu sois là,
parce que je ne vais pas pourchasser tous les étrangers du coin ».
Un jugement juste. Pendant le festival, j'ai été frappé par cette
dualité. Amanar, tout habillé de blanc, jouait
pour la première fois sous les
spots d'une grande scène, acclamé par la foule d'Européens et
sous les crépitements des flashs
de milliers d'appareils photos.
Mais deux jours plus tard, nous
serions de retour dans le camion,
en direction de Kidal pour un accueil de
retour chaleureux. Pour Ahmed, il
est clair que sa musique est prioritairement pour les Tamashek, un
outil pour parler à son peuple. « C'est bien d'aller de par le
monde », dit Ahmed, « mais si j'ai assez d'argent, je
resterai à Kidal, dans mon désert. »
L'auteur Christopher
Kirkley, écrivain américain en freelance, pratique la « guérilla
ethnomusicologique ». Son travail et ses enregistrements sont
consultables sur son site, sahelsounds.com .
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